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L’Eglise serait sainte, car l’Eglise est le corps du Christ qui, lui, est saint. « Le Christ s’est livré pour l’Eglise afin de la sanctifier. » (Ep 5,25) Pourrait-on douter du salut par la croix donné à Jésus ? Les premiers chrétiens s’appellent les saints. Et l’éclosion des saints à travers l’histoire manifeste cette sainteté. Pourtant, nous rencontrons beaucoup de pécheurs dans l’Eglise. Très rapidement, en me regardant moi-même avec un peu d’honnêteté, je m’aperçois que je ne suis pas saint, loin de là. Plus grave serait finalement le contre-témoignage que chaque chrétien peut opérer. Des gens quittent l’Eglise parce qu’ils ont été blessés par telle parole ou tel comportement. Et dans l’histoire, beaucoup d’actes commis au nom de l’Eglise sont condamnables. Entre l’inquisition et le scandale des prêtres pédophiles aujourd’hui, la sainteté de l’Eglise est bien loin d’être une évidence. Tout cela est vrai. Il faut maintenir cependant une certaine sainteté de l’Eglise pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, un double regard sur l’Eglise s’impose. L’Eglise est humaine et divine. Il ne faut pas voir que le côté humain. Regarder l’histoire de l’Eglise, c’est voir d’abord l’histoire de la sainteté. La vie de chaque saint avec tous les fruits produits par Dieu doit nous étonner. Certes, il ne faut pas vouloir justifier toutes les erreurs du passé. Cependant, inversement, à ne voir que les fautes du passé, on s’interdit, de fait, de regarder tout le bien, comme si une bonne nouvelle n’était pas une nouvelle, fascinés que nous sommes par le mal et la perversion. Sachant que le mal fait plus de bruit que le bien, on voit plus facilement l’arbre qui tombe que les 10 000 autres de la forêt qui poussent en silence. Par ailleurs, nous avons souvent une histoire officielle qui, par une malveillance à peine déguisée, a transformé en vérité des mensonges sur le passé. Par exemple, le jugement de Pie XII vis-à-vis du nazisme est tout à l’honneur de l’Eglise, malgré la diffamation à son égard. Le mérite de Jean Sévilla (Historiquement correct, pour en finir avec le passé unique, Perrin, 2003) est de rétablir certaines vérités. Bref, regarder l’Eglise, c’est voir sa double dimension, pécheresse et sainte, humaine et divine. Comme pour la lune, il y a une face cachée selon la pesanteur humaine et une face lumineuse éclairée par le Christ. Mais certains, non seulement ne voient que la face pécheresse en oubliant la face sainte, mais en rajoutent dans le côté obscur quitte à travestir la vérité historique.

Même imparfait, un instrument peut obéir à celui qui s’en sert. « Que Pierre baptise, c’est lui [le Christ] qui baptise ; que Paul baptise, c’est lui qui baptise ; que Judas baptise, c’est lui qui baptise » disait saint Augustin. Même si le ministre est pécheur, le sacrement peut être valide. Les sacrements agissent « ex opere operato » dans l’opération même de l’acte, même si l’instrument est déficient. Un mauvais prêtre consacre validement le pain et le vin. Il n’est qu’un instrument. Donc la sainteté du Christ passe par l’Eglise même si elle est composée d’hommes pécheurs.

En outre, si l’Eglise est sans péché, elle n’est pas sans pécheurs. Dans la parabole de l’ivraie et du bon grain, les pécheurs ne sont bannis qu’à la fin. Les hommes fautifs appartiennent à l’Eglise, non pour leurs péchés, mais pour leur valeur de sainteté. Ils pèchent certes, mais en tant qu’ils la trahissent. Les frontières de l’Eglise passent à travers nos coeurs et nos vies. Plus on pèche, moins on lui appartient. [NDLR : ainsi nous pouvons bien heureusement toujours nous repentir et recevoir le pardon de Dieu. Son pardon rétablit et guérit toujours ce que le péché a brisé dans notre rapport avec Lui et avec l’Eglise, cet immense cadeau qu’Il ne cesse de nous donner pour tous] « Il a renversé les potentats de leur trône. Il élève les humbles » dit Marie. Ce qui est humble en nous lui appartient. Ce qui est volonté de puissance en est exclu. Les pécheurs appartiennent à l’Eglise, mais seuls les justes la constituent en tant que véritables membres. A la Messe nous disons « Seigneur ne regarde pas nos péchés, mais la foi de ton Eglise. » Certains préféreraient dire « Seigneur ne regarde pas le péché de l’Eglise, mais ma foi. » Cependant, en disant cela, on ne voit pas sa double dimension, humaine et divine, pécheresse et sainte et au lieu de regarder son péché et sa responsabilité on détourne le regard en accusant un autre que soi.

Source : Bertrand Souchard – 42 questions sur dieu : Des réponses simples et concrètes sur le christianisme – Salvator