qr58-la-foi-peut-elle-etre-vraie-pour-moi-mais-pas-pour-toi-bildagentur-zoonar-gmbh-shutterstock

Le subjectivisme religieux est un point de vue très répandu aujourd’hui. Selon cette optique, ce n’est pas toute la vérité qui est « vraie pour toi, mais pas pour moi », mais seulement la vérité de la religion. Ceci signifie en fait que la vérité religieuse est perçue comme un sentiment, une certaine sensibilité face à la vie, une manière de faire face à la vie pour mieux la vivre ou encore un ensemble de valeurs et d’idéaux. Le subjectivisme religieux ne voit pas la vérité religieuse comme un credo, c’est-à-dire comme un ensemble d’affirmations concernant des faits réels, qui peuvent donc être vraies ou fausses, comme « le Christ est mort ; le Christ est ressuscité ; le Christ reviendra ».

Il est vrai que la religion contient toutes ces autres dimensions, mais elle prétend également affirmer des faits. En voici quelques exemples : il existe un Dieu tout-puissant, infiniment bon et omniscient (connaissant toutes choses) ; ce Dieu a créé l’univers ; il est devenu homme, il est mort et est ressuscité ; il existe un vrai jugement, un vrai paradis et un vrai enfer. Ces affirmations peuvent être soit vraies soit fausses, mais elles ne peuvent pas être de simples affirmations sur des états d’âme, sur des choses à l’intérieur de notre conscience. Elles parlent de réalités à l’extérieur de notre conscience. Elles parlent de vérités objectives et non subjectives, elles parlent d’êtres réels, pas seulement de conscience ; de lois, pas seulement de valeurs ; de la résurrection d’un vrai homme fait de chair et d’os, pas seulement de l’émergence de la « foi pascale » dans l’esprit des gens.

Au fond, le subjectivisme religieux entraîne que la religion a été faite par les humains, qu’elle dépend de nous, qu’elle est « vraie » de la même manière que la littérature fantastique est « vraie ». C’est une façon polie de dire que Dieu n’est qu’une version adulte du Père Noël. Les croyants sont des gens qui ne sont jamais devenus adultes.

Cette critique est trop générale et trop vague pour être de bonne foi. Avant même de pouvoir en discuter, il faut demander plus de précision. C’est comme avec la prétention que la « science » aurait réfuté la « religion » : des demandes de clarification s’imposent. De quelle science parle-t-on ? De quelle religion ? De quelle doctrine ? Que signifie réellement cette doctrine, qu’affirme-t-elle exactement ? Est-ce qu’au bout du compte ces deux affirmations sont en contradiction ou pas ? Comme nous l’avons indiqué plus haut (dans le chapitre 2 sur la foi et la raison, et dans le chapitre 6 sur les miracles – cf. livre dont est extrait cet article), chacune des objections peut être réfutée, une à la fois. Il n’y a en fait aucune contradiction entre la science et la religion. Les lois naturelles de la physique ne réfutent pas la possibilité des miracles surnaturels. L’évolution ne réfute pas la création. On peut répondre à chaque attaque précise. En dernière analyse, tout ce qui reste est une idéologie vague et générale – un préjugé – qui clame que la « science » contredit la « religion ».

L’affirmation que la vérité religieuse est « subjective » tombe exactement dans la même catégorie. Dès que son contenu est précisé, on peut y répondre.

Source : Peter Kreeft et Ronald Tacelli – La foi chrétienne, raisonnable? Petit guide d’apologétique – GBUC du Canada (PBU), Montréal 2013