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Pouvons-nous trouver Dieu à partir de nos désirs? Peter Kreeft propose pour répondre à cette question la réflexion suivante.

« 1. À chacun de nos désirs naturels et innés correspond un objet réel qui peut le satisfaire.
2. Il existe en nous un désir inné auquel aucune chose dans le temps, sur la Terre et parmi les créatures ne peut satisfaire.
3. Il doit donc exister quelque chose de plus que le temps, la Terre et les créatures qui peut satisfaire à ce désir.
4. C’est ce quelque chose que les gens appellent « Dieu » et « la vie pour toujours avec Dieu ».

La première prémisse sous-entend une distinction entre deux types de désirs : les désirs innés (ou naturels) et les désirs conditionnés (ou artificiels). Ce sont des désirs naturels que de vouloir manger, boire, faire l’amour, dormir, acquérir des connaissances, avoir des amis, apprécier la beauté. De manière naturelle aussi, nous évitons l’expérience de la faim, de la solitude, de l’ignorance et de la laideur. Nous désirons aussi des choses comme une voiture de sport, des fonctions politiques, le Père Noël ou un autre championnat pour les Canadiens de Montréal, mais non pas de manière naturelle ou innée.

Il existe des différences entre ces deux types de désirs. Par exemple, nous ne reconnaissons pas normalement l’état de manque pour le second type de désir comme nous le faisons pour le premier. N’en déplaise à certains, le manque de victoires aux Coupes de France de football n’est pas l’équivalent du manque de sommeil. Mais plus important encore, les désirs naturels proviennent de l’intérieur, de notre nature, alors que les désirs artificiels viennent de l’extérieur, c’est-à-dire de la société, de la publicité ou de la fiction. De cette deuxième différence en découle une troisième : les désirs naturels se trouvent dans chacun de nous alors que les désirs artificiels varient d’une personne à une autre.

L’existence d’un désir artificiel n’entraîne pas nécessairement celle de la chose désirée. Dans certains cas, celle-ci existe, dans d’autres, non. Une voiture de sport existe, le Père Noël, non. En revanche, dans tous les cas connus de désirs naturels, leur existence entraîne l’existence de l’objet désiré. Personne n’a jamais découvert un seul cas de désir inné d’un objet inexistant.

L’acceptation de la deuxième prémisse requiert simplement (et seulement) une introspection honnête. Si quelqu’un la rejette carrément en disant : « Je suis parfaitement heureux avec mes jeux, ma voiture de sport, l’argent, le sexe, le pouvoir, etc. », nous ne pouvons répondre que : « Ah bon ? L’êtes-vous vraiment ? » Autrement dit, nous pouvons remettre la personne en question, mais pas la contraindre. Nous pouvons aussi la renvoyer au témoignage quasi universel de l’histoire humaine et de sa littérature. On pense à un grand athée comme Jean-Paul Sartre qui a pu concéder ceci : « Il arrive un moment où l’on se demande, même devant l’oeuvre de Shakespeare et celle de Beethoven, “Est-ce tout ?”. »

C.S. Lewis, qui utilise cet argument à plus d’une reprise, le résume ainsi :

‘La naissance ne nous a pas dotés de désirs dont la satisfaction soit impossible. Un bébé a faim : eh bien, la nourriture existe. Un caneton désire nager : eh bien, l’eau est là. Les hommes éprouvent le désir sexuel : eh bien, le sexe est là. Et si je découvre en moi un désir qu’aucune expérience au monde ne puisse satisfaire, l’explication plausible ne serait-elle pas que je suis fait pour un autre monde ?' »

Source : Peter Kreeft et Ronald Tacelli – La foi chrétienne, raisonnable? Petit guide d’apologétique – GBUC du Canada (PBU), Montréal 2013