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Il est vrai que dans les récits des apparitions du Christ ressuscité à ses disciples, les évangélistes, notamment Luc et Jean, accordent une grande place à la question de sa reconnaissance. Les disciples d’Emmaüs sont « empêchés de le reconnaître » (Luc 24,16) et Marie de Magdala le prend même pour le jardinier (Jean 20,15). Ailleurs, il est obligé de montrer ses plaies pour qu’on le reconnaisse (Luc 24,40 ; Jean 20,20 et 27), comme si son visage ne suffisait pas. Et sur le rivage du lac, où d’abord les disciples ne le reconnaissent pas (Jean 21,4), Jean rapporte ces paroles étranges : « Aucun des disciples n’osait lui demander : « Qui es-tu ? » sachant que c’était le Seigneur (Jean 21,12).

Avec le mystère de la résurrection nous sommes confrontés à la Nouveauté absolue de Dieu. Aucune image, aucune catégorie de notre monde ne suffisent pour rendre compte de cette Vie au-delà de la mort. Aucune préparation de ce côté-ci de la mort, qui demeure une coupure radicale, ne peut nous permettre de franchir le pas qui mènerait de l’autre côté. Le seul pont capable d’être jeté sur l’abîme doit venir de l’au-delà, du Ressuscité lui-même. Le Christ doit en conséquence « se faire reconnaître » et, de plus, lui seul à la capacité de le faire. A la différence d’un corps de chair, qui n’est pas maître de sa propre reconnaissance, le corps spirituel, pure puissance de communion, ouvre aux autres la possibilité d’avoir un rapport personnel avec lui.

Mais si l’initiative vient du Ressuscité, le disciple pour sa part doit se laisser toucher par la Nouveauté de Dieu. Face à ce mystère, on peut encore douter (Matthieu 28,17). Ce qui rend la reconnaissance plus ardue, en tout cas, c’est un attachement trop fort aux acquis du passé. Marie de Magdala est si traumatisée par la mort de celui qu’elle aimait et si obsédée par le besoin de retrouver le cadavre, pour garder au moins les bribes d’une relations évanouie, qu’elle ne voit même pas devant elle sa présence vivante ! C’est seulement quand Jésus l’appelle par son nom, touchant ainsi la partie la plus intime et la plus personnelle de son être, que le déclic survient et elle se retrouve brusquement dans le présent (voir Jean 20,11-16).

Reconnaître le Ressuscité, loin d’être un détail quelconque, se trouve donc au coeur du mystère pascal. Cela exprime la « metanoia », le changement radical du regard qui fait de nous des croyants. Ce changement exige parfois une longue préparation, comme pour les disciples sur le chemin d’Emmaüs. Et il ne supprime pas pour autant les difficultés et les souffrances de notre existence personnelle et collective : il est très significatif que ce soient justement les marques de sa souffrance qui expriment la continuité entre le Crucifié et le Ressuscité. Reconnaître le Christ ressuscité, c’est voir, en plein coeur des douleurs et des impasses de notre monde, un Amour capable de donner sens à l’existence, un chemin vers la plénitude de Dieu. C’est être bouleversé par la découverte que, là où l’on ne voyait que tristesse et désespoir, une nouvelle naissance avait déjà lieu : « C’était bien lui, et moi je ne le savais pas ! »

Source : Taizé – Cherchez et vous trouverez: Questions sur la foi et la Bible – Taizé