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Ils sont au premier chapitre [de l’Evangile de Jean]. C’est Jean – celui que les autres appelle le Baptiste – qui témoigne et qui dit : « Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est lui qui baptise dans l’Esprit Saint » (1, 34). Voilà une belle expression, mais que signifie-t-elle au juste? Qu’est-ce qu’un baptême dans l’Esprit Saint? En quoi s’oppose-t-il au baptême dans l’eau? Quand aura-t-il lieu? A toutes ces questions que se pose le lecteur de Jean, le texte ne permet pas encore d’y répondre. Il faut donc poursuivre la lecture de l’évangile, avancer en eaux plus profondes.

C’est donc en sept étapes que Jean va dévoiler le mystère de l’Esprit Saint, depuis l’annonce initiale au premier chapitre jusqu’au don de l’Esprit au soir de la Résurrection, au dernier chapitre (20, 22). La deuxième mention se trouve au début du chapitre 3. Jésus lui-même parle de l’Esprit Saint dans son entretien avec Nicodème : « A moins de naître d’eau et d’Esprit, nul ne peut entrer dans le royaume de Dieu » (3, 5). « L’Esprit » : le lecteur en a déjà entendu parler. Mais si l’on est attentif on découvre un nouvel élément, cet Esprit dans lequel il avait été dit que Jésus baptiserait, voilà qu’il apparaît désormais comme celui qui fait naître au monde de Dieu, comme un facteur d’adaptation à Dieu en quelque sorte.

On tourne la page et, à la fin du chapitre 3, c’est de nouveau Jean qui porte témoignage, non plus au moment d’entrer en scène comme la première fois, mais au moment où il va se retirer. Cette fois, il proclame à propos de Jésus : « Il donnera l’Esprit sans mesure, avec abondance » (3, 34). Nous pouvons nous poser des questions tout à fait légitimes. Quand? Comment cela se manifestera-t-il? Mais nous sommes bien incapables de répondre. Au chapitre 4, Jésus dit à la Samaritaine : « Les vrais adorateurs adoreront le Père en Esprit et en vérité » (4, 23). Donc, de nouveau, l’Esprit apparaît. Il est celui qui permet d’entrer en relation avec Dieu. Mais les interrogations demeurent. Et puis, au chapitre 7, aux versets 37-39, on trouve enfin la précision tant attendue: « Le dernier jour de la fête, le plus solennel, écrit Jean, Jésus cria d’une voie forte: « Celui qui a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive, des fleuves d’eau vive couleront de son sein ». Et l’évangéliste ajoute: « Il disait cela de l’Esprit Saint qu’allaient recevoir ceux qui croiraient en lui. » Cette fois, l’évangéliste nous donne la clé de compréhension: l’Esprit, cet Esprit dont il a été question quatre fois jusqu’alors, viendra donc quand Jésus sera glorifié. Mais l’intrigue est relancée parce que c’est la première fois au chapitre 7 que l’évangéliste emploie le terme « glorifier ». Qu’est-ce à dire exactement glorifier? Il faut poursuivre la lecture et ce n’est qu’alors qu’en rassemblant peu à peu les éléments, que le lecteur comprend le sens particulier que lui donne Jean. Contrairement au reste du Nouveau Testament, la glorification de Jésus ne renvoie pas seulement pour l’évangéliste Jean à sa Résurrection, mais elle englobe l’ensemble de ce que nous appelons le mystère pascal, mort et Résurrection tout ensemble.

Donc, en 7, 39, Jean annonce que l’Esprit viendra lorsque Jésus sera glorifié. Lorsqu’ils décrivent la mort de Jésus, les autres évangiles disent tout bonnement qu’il « expira » ou qu’il « laissa aller son esprit ». Jean, quant à lui, reformule d’une manière très originale: « Il rendit l’esprit ». Le grec dit plus exactement: « Il transmit l’Esprit ». Dès lors, on comprend que Jean joue sur les mots, comme il le fait si souvent. Selon le double sens du mot « pneuma », cela peut vouloir dire que Jésus rendit le dernier souffle, mais, en même temps, qu’il transmit l’Esprit, l’Esprit Saint. Bien sûr, cela est tout en finesse et en subtilité. Jean ne dit pas que Jésus a fait le don de l’Esprit Saint sur la Croix. Mais il insinue que, puisque la Croix représente le premier moment de la glorification de Jésus, le don de l’Esprit se trouve comme anticipé en quelque sorte, qu’à la Croix se trouve ouvert le temps du don de l’Esprit qui se réaliserait en plénitude à la Résurrection. Et, de fait, c’est bien ce qui se produit: après la Résurrection, le soir du premier jour de la semaine, Jésus se manifeste aux disciples, et il se réalise enfin ce don de l’Esprit tant de fois annoncé et promis: « Il souffla sur eux et il leur dit: « Recevez l’Esprit Saint »  » (20, 22).

Source : Emmanuel Pisani (dir.) – Michel Gourgues – 100 questions sur Dieu – Artège